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Et vous ? Vous en pensez quoi ? Entretien avec Diégo Leòn

   

1. Diego Leòn, présentez votre parcours professionnel brièvement, votre rôle au sein de votre syndicat, votre rôle au sein de la Commission prévoyance et depuis combien de temps vous en êtes membre.

Je suis enseignant d’espagnol, membre de l’exécutif de la fédération FEP CFDT. Je suis président de la CPNP (régime de prévoyance des salariés) après avoir présidé la CNSP (régime de prévoyance des enseignants). Je siège en commission de prévoyance depuis 2013 et en commission santé depuis 2015.

2. Pour vous c’est quoi la protection sociale complémentaire ?

C’est avant tout une solidarité qui permet aux salariés de faire face aux soucis de santé, et à leurs ayants-droit d’être aidés en cas de décès. Cette solidarité se matérialise par une mutualisation. On mutualise les ressources (les cotisations) et les risques (c’est-à-dire les prestations à verser). Cette solidarité est d’autant plus cruciale dans une branche professionnelle qui compte de nombreuses très petites entreprises. Car plus une entreprise est petite, plus le risque financier est important du fait d’une assiette de mutualisation très réduite. J’ai l’habitude de prendre comme exemple un cas extrême, certes caricatural, mais très parlant. En complémentaire santé, l’établissement qui compte deux salariés aurait un régime d’entreprise déficitaire si un de ses salariés devait être hospitalisé dans l’année. On peut compter sur l’assureur pour en répercuter le coût sur l’exercice suivant en appliquant une forte hausse de cotisation. Si l’on mutualise sur 90 000 salariés, ce risque est considérablement atténué.

3. Quels points notables ces dernières années ?

Depuis 2005, les salariés de la Branche ont vu leur protection sociale se renforcer. Avec l’amélioration des garanties de pré- voyance d’une part, et l’instauration d’un régime complémentaire santé d’autre part. Rappelons qu’avant la généralisation de la couverture santé au secteur privé, de plus en plus d’individus renonçaient aux soins. On ne pouvait en rester à ce constat ! Tout ce qui concourt à la santé et au bien-être des salariés réduit l’absentéisme et améliore la qualité de vie au travail, et par voie de conséquence, la qualité de l’accueil et de l’accompagnement des jeunes scolarisés dans les établissements.

4. Quelles difficultés avez-vous surmontées ?

On peut vite être noyé par la technicité des sujets assurantiels. Pour l’éviter, il est indispensable de s’approprier les textes légaux et réglementaires en la matière (fort denses, mouvants, voire parfois incohérents). Mais surtout, il est nécessaire de faire émerger les enjeux de manière à déterminer la direction à prendre.

5. Comment travaillez-vous au quotidien au sein de la commission paritaire ?

Au sein des Commissions, nous représentons les salariés et les établissements. En matière de protection sociale, les intérêts des uns [salariés] convergent bien souvent avec les intérêts des autres [établissements]. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la prévoyance et la complémentaire santé représentent des sujets plus consensuels que les discussions autour des rémunérations ou de l’organisation du travail. Gérer un régime, c’est avant tout agir en responsable pour préserver l’intérêt général et veiller au bon fonctionnement du régime (respect des garanties, mécanismes assurantiels…) ainsi qu’à la pérennité du régime. Mais c’est aussi venir en aide aux salariés en difficulté et arbitrer pour faire appliquer la volonté des partenaires sociaux par les assureurs de la Branche.

6. Quelles relations avec les assureurs ?

Les assureurs représentent le bras « armé » des partenaires sociaux. Ce sont donc avant tout des partenaires qui mettent en œuvre la volonté paritaire transcrite dans les accords et qui démarchent les entreprises afin de les faire adhérer à la mutualisation. Il s’agit d’une relation de confiance, ce qui n’exclut en rien le contrôle, bien au contraire ! Un établissement, seul face à un assureur, sera désarmé car il n’aura aucun moyen de vérifier l’exactitude des comptes qui lui seront présentés, et n’aura pas les compétences nécessaires pour surmonter la technicité assurantielle.

7. Quels sont les avantages / atouts du régime de prévoyance de l’enseignement privé ?

Sa première force, c’est d’exister. D’abord pour le lien de solidarité qu’il représente. Et contrairement aux entreprises, les Commissions paritaires nationales ont les moyens de leur autonomie face aux assureurs grâce aux experts qui les conseillent et qui contrôlent la qua- lité de gestion ainsi que la consolidation des comptes. Les partenaires sociaux ont donc les moyens de piloter les régimes de façon éclairée et ainsi anticiper les enjeux.

Ensuite, un des atouts des régimes de pré- voyance de l’enseignement privé est de reposer sur une assiette de mutualisation très solide.

Autre élément important, celui de la solidarité grâce au fonds social interrégimes. Via la Commission sociale, il vient aider les salariés placés dans des situations d’urgence qui ne peuvent pas faire face à des dépenses pourtant indispensables, comme cela peut l’être après avoir été atteint d’un handicap.

8. Quels enjeux pour demain? Quels dossiers ?

Dans un contexte juridique où les partenaires sociaux n’ont plus les moyens de garantir la mutualisation au niveau de la Branche, et dans une société ayant toujours tendance à l’individualisme, l’enjeu majeur est celui de maintenir cette solidarité qui caractérise nos régimes.

Faire émerger une véritable politique de santé de Branche est un des chantiers qui nous attend. Elle n’aura de sens que si l’on répond aux besoins de santé spécifiques à notre secteur professionnel pour déployer des actions de prévention bénéfiques.

Et pour finir, je dirais qu’il nous faut trouver les moyens de toucher les publics les plus précaires (nombreux dans notre secteur du fait des temps partiels et des rémunérations), qui sont très souvent ceux qui n’ont pas accès aux droits.


Propos recueillis par Jean-René Le Meur, responsable du pôle Social de la Fnogec, “Arc boutant” n° 575, novembre 2017. 

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